Ah, la politique spectacle ! En Guinée, on ne lésine pas sur les effets spéciaux : une faute en délire – bien briefée –, des pancartes fraîchement imprimées et des promesses aussi solides qu’un château de cartes sous la mousson. Chaque jour, un nouveau comité de soutien au Général Doumbouya voit le jour, comme des champignons après l’orage. Miracle démocratique ? Non, juste une vieille recette bien rodée : un zeste de clientélisme, une louche de propagande et un bon gros chèque pour huiler la machine. Pendant que certains défilent sous les projecteurs, d’autres croupissent à l’ombre, histoire de rappeler que la liberté d’expression, c’est comme le wifi ici…..
Un soutien spontané… et bien rémunéré !
La Guinée ! Ce pays où, chaque matin, au chant du coq et au ronflement des générateurs, on découvre un nouveau club de fans du Général Mamadi Doumbouya ! Un miracle de la spontanéité populaire, nous dit-on. Il faut dire qu’on n’a pas vu un tel enthousiasme depuis le dernier concert gratuit de Magic System. Et pourtant, oh surprise, la date de la présidentielle est toujours planquée quelque part entre les limbes et le tiroir du ministre de l’Intérieur. Mais qu’importe, on soutient ! On acclame ! On brandit des pancartes imprimées à la hâte, comme si l’avenir du pays se jouait à qui ferait le plus beau sourire devant les caméras.
La scène est belle : des artistes sans public, des militants en quête d’un emploi stable, des anonymes qui flairent la bonne affaire. Il suffit d’agiter un drapeau et, hop, on décroche un petit billet, voire une bagnole rutilante. Pendant ce temps-là, l’État prétend être en faillite. Mystère.
La démocratie, oui, mais avec un laissez-passer
Évidemment, la liberté d’expression existe. Mais seulement pour les copains ! Soutenir la junte ? Pas de souci, voici une estrade et des confettis. Manifester pour une élection libre ? Hop, dans le panier à salade, direction la maison d’arrêt la plus proche. Il y a quelque chose de comique (ou tragique, au choix) à voir un pays fermer ses écoles et bloquer son administration pour organiser des parades en l’honneur du grand Mamadi, tout en expliquant aux opposants que non, désolé, la rue est occupée.
Le bon vieux principe du « deux poids, deux mesures » est respecté à la lettre. C’est beau comme une chanson de propagande nord-coréenne.
Les promesses, c’est comme les yaourts, ça a une date de péremption
Flashback : au lendemain du coup d’État, Doumbouya, la main sur le cœur, avait promis qu’il ne se présenterait pas. « Moi ? Jamais ! La junte, c’est juste pour la transition, promis, juré ! » Ah, les grandes déclarations… On y a cru, comme on croit aux bulletins météo annonçant du soleil en saison des pluies.
Mais voilà, entre-temps, les vieilles habitudes ont repris le dessus. Un dirigeant en uniforme, une cour qui le sacralise, des promesses qui s’effacent plus vite qu’un slogan sur un mur humide… Et hop, nous voici replongés dans un remake des régimes passés, avec une petite touche de nouveauté : cette fois, on appelle ça le « koudéisme ». Parce que le recyclage, c’est aussi valable pour les dictatures.
Tout le monde veut sa part du gâteau
Dans ce grand théâtre, ne soyons pas naïfs : ceux qui scandent « Mamadi ou rien ! » ne sont pas tous des poètes patriotes. Ils ont faim. Pas de démocratie, non, mais d’un bon poste, d’un 4×4 climatisé, d’un marché public bien juteux. Un des soutiens l’a même dit tout haut : « Nous aussi, on a droit de manger ! » Traduction : la démocratie attendra, il y a un buffet à volonté.
Et après ?
Eh bien, après, c’est simple. Si rien ne change, la Guinée risque de replonger dans la boucle infernale des régimes qui s’installent, qui promettent, qui trahissent, qui répriment, qui s’accrochent, puis qui finissent….. Un éternel recommencement dont le peuple, lui, ne retire rien, si ce n’est des illusions de plus en plus courtes
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En attendant, les manifestations continuent… mais celles qui ont le bon tampon officiel. Pour les autres ? Pas la peine d’essayer, la rue est déjà réservée pour un défilé de soutien bien encadré. Et la démocratie ? Elle attendra son tour, comme d’habitude.
Oumar Kateb Yacine Analyste-Consultant Géopolitique
Contact: bahoumaryacine777@gmail.com