Depuis son indépendance en 1958, la Guinée a tenté de structurer son développement à travers diverses stratégies économiques. Des plans triennaux, quinquennaux et septennaux sous Sékou Touré, aux Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) sous Lansana Conté, jusqu’au Plan National de Développement Économique et Social (PNDES 2016-2020) et au Programme de Référence Intérimaire (PRI 2022-2025), chaque période a vu naître des ambitions de croissance souvent contrariées par des réalités politiques et économiques.
Aujourd’hui, avec le prochain Programme Simandou 2040, la Guinée mise sur ses ressources minières pour enclencher un changement de paradigme. Un pari risqué, mais qui pourrait, si bien mené, marquer la fin d’une longue série d’échecs dans la mise en œuvre des politiques de développement.
Une planification d’État centralisée sous Sékou Touré (1958-1984)
À l’indépendance, la Guinée a adopté une économie dirigée, inspirée des modèles soviétique et maoïste. L’État, sous Ahmed Sékou Touré, s’est lancé dans une planification rigoureuse via plusieurs plans successifs :
Si ces plans ont marqué une volonté d’émancipation économique, ils ont aussi illustré les limites d’une économie ultra-centralisée, sans ouverture aux capitaux étrangers.
L’ère des ajustements structurels et de la libéralisation économique (1984-2008)
Avec la prise de pouvoir de Lansana Conté en 1984, la Guinée amorce un tournant vers l’économie de marché. Poussée par les institutions de Bretton Woods, elle applique les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), avec pour objectifs :
Si ces réformes ont permis un retour de la croissance, elles ont aussi contribué à une hausse des inégalités, un affaiblissement des services sociaux et une précarisation de la population.
Pour répondre aux critiques, le gouvernement met en place la Stratégie de Réduction de la Pauvreté (SRP) au début des années 2000. L’objectif était de ramener le taux de pauvreté de 55 % à 40 % en dix ans grâce à des programmes ciblés dans l’éducation et la santé.
Le PNDES (2016-2020) : Un plan ambitieux aux résultats contrastés
L’élection d’Alpha Condé en 2010 a été marquée par une volonté de relancer les grands projets d’infrastructures et de diversifier l’économie, avec la mise en place du PNDES (2016-2020).
Mais à mi-parcours, seuls 7,3 milliards USD avaient été sécurisés, soit 33 % du montant prévu. Les principaux facteurs d’échec ont été :
Ces limites ont conduit à une exécution partielle du plan, sans réelle transformation structurelle.
Le PRI (2022-2025) : Une transition sous tension
Après le coup d’État de septembre 2021, le CNRD instaure le Programme de Référence Intérimaire (PRI) pour stabiliser l’économie et maintenir les services publics.
Cependant, seuls 62 projets sur les 268 prévus ont été réalisés (23 %), illustrant les difficultés d’exécution.
Le Programme Simandou 2040 : Une Opportunité Historique pour la Guinée
Le prochain Programme Simandou 2040 représente une étape décisive dans l’histoire économique de la Guinée. Avec le plus grand gisement de fer inexploité au monde, le pays dispose d’un atout stratégique pour accélérer son industrialisation et devenir un acteur majeur sur le marché mondial des matières premières. Contrairement aux plans précédents qui ont souvent été freinés par des obstacles financiers et institutionnels, Simandou 2040 reposera sur une approche plus structurée, intégrant des mécanismes de financement, de gouvernance et d’industrialisation à long terme.
Bien que des défis existent, notamment en matière de gouvernance et d’équilibre des relations avec les investisseurs étrangers, la Guinée dispose aujourd’hui de toutes les conditions nécessaires pour transformer cette richesse en un véritable moteur de développement. Avec une volonté politique forte, une planification rigoureuse et une exécution efficace, Simandou 2040 pourrait marquer un tournant décisif vers une Guinée prospère et autosuffisante économiquement.
Le Programme Simandou 2040 fait l’objet de critiques, notamment sur la communication jugée excessive du gouvernement et sur son absence de validation parlementaire. Cependant, ces arguments ne remettent pas en cause la nature prospective et stratégique du programme.
D’abord, la communication gouvernementale autour du programme Simandou 2040 a permis de libérer le débat public sur l’avenir du développement de la Guinée. Plutôt que d’être un programme élaboré dans l’opacité, Simandou 2040 vabénéficier d’un processus de consultation ouvert, impliquant divers acteurs économiques, politiques et sociaux. Cette dynamique favorise l’adhésion des parties prenantes, renforce la transparence et améliore l’appropriation nationale du projet.
Ensuite, Simandou 2040 remplit toutes les caractéristiques d’une vision prospective pour la Guinée sur les 15 prochaines années. Un programme est qualifié de prospectif lorsqu’il :
Enfin, il est important de préciser qu’aucun pays au monde n’exige qu’un programme de développement soit validé par le Parlement, car il ne s’agit pas d’une loi, mais d’une orientation stratégique. La validation parlementaire intervient plutôt au moment de l’adoption des budgets et des réformes législatives nécessaires à la mise en œuvre du programme. Le programme Simandou 2040, comme tout plan stratégique, relève de la compétence de l’Exécutif et n’a pas à être soumis au vote du parlement.
Simandou 2040 : Une opportunité à saisir, mais à quel prix ?
Le passé de la Guinée est jalonné d’ambitions économiques non réalisées. Les plans se sont succédé, sans que les infrastructures et la transformation industrielle ne suivent réellement. Pour la réussite du prochain programme Simandou 2040
Si ces conditions sont réunies, le programme Simandou 2040pourrait être le catalyseur d’un véritable décollage économique. Mais dans le cas contraire, il risque d’être un énième mirage dans l’histoire du développement guinéen.
Amadou Tidiane Barry, consultant en Evaluation de politique publique
Tel : 628827410
Email : barrytidiane2012@gmail.com