Mouctar Diallo, ex-ministre d’Alpha Condé: “dès le lendemain de ma reconduction, j’ai déposé ma lettre de démission”

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Dans son livre “Mon Engagement” édité par Tibata Publishing, l’ancien ministre de la Jeunesse et président du NFD est revenu sur sa démission du gouvernement au lendemain de sa reconduction par le président Alpha Condé. Dr Mamadou Mouctar Diallo qui a rangé définitivement ses affaires de ministre en février 2021 pour se consacrer à ses études révèle avoir avalé également beaucoup de couleuvres avec le Premier ministre Kassory Fofana qui « interrompait les débats sujets sensibles pour les reporter à un cercle restreint dans son bureau » mais aussi les difficultés que son parti a rencontrées après le saccage de son siège. Dr Diallo ajoute que c’est l’ancien président de la l’Assemblée nationale Amadou Damaro Camara qui a acheté son billet pour les États-Unis d’Amérique. Extraits…

👉🏿Ma démission du gouvernement, une décision irrévocable. 
(…) Le Président Alpha Condé. Il avait changé; il était devenu amer et semblait même être allergique aux conseils. Il s’était isolé et était devenu inaccessible, semblait confortablement installé dans une certitude qui n’appartient qu’à Dieu seul. Cela était le signe fort d’une dérive; et cette situation ne me rassurait plus
Après notre victoire à l’élection présidentielle de 2020, j’ai constaté des comportements inquiétants chez le Président Alpha Condé. Il avait changé; il était devenu amer et semblait même être allergique aux conseils. Il s’était isolé et était devenu inaccessible, semblait confortablement installé dans une certitude qui n’appartient qu’à Dieu seul. Cela était le signe fort d’une dérive; et cette situation ne me rassurait plus, car une gouvernance vertueuse et éclairée s’inscrivant dans la rupture qu’il avait promise -et qui avait motivé notre participation au troisième mandat- suppose une ouverture d’esprit, une concertation permanente en vue de prendre les meilleures décisions pour le pays. Plus tard, c’est avec surprise que j’ai suivi, lors du journal télévisé de la RTG du 19 janvier 2021, le décret annonçant la composition partielle du nouveau gouvernement. Nommé troisième sur une liste de seize ministres, j’ai constaté ma reconduction au poste de ministre de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes.
Avant l’élection présidentielle, le Président de la République s’était engagé à me repositionner à la tête d’un autre département. Je souhaitais quitter le ministère de la Jeunesse, perçu comme sensible par le Président et son entourage du fait de son lien direct avec la jeunesse, qu’ils cherchent à maîtriser pour des desseins politiques, d’autant plus que ce département manquait de ressources nécessaires pour accomplir sa mission. Plus que tout, je souhaitais m’investir dans un ministère où je pouvais avoir un grand impact, car mon acceptation de venir au gouvernement avait pour objectif premier l’obtention d’énormes résultats et non l’accès aux avantages liés au poste.

Souvent, le Premier ministre interrompait les débats sur des sujets qu’il jugeait sensibles en plein conseil interministériel, pour les reporter à un cercle restreint dans son bureau avec des ministres d’État et d’autres personnalités de son choix. Je ne désirais plus être un simple figurant.

Je voulais un poste et un statut dont les responsabilités seraient à la hauteur de mon engagement, de mon expérience et de mes compétences, me permettant non seulement de contribuer à la réalisation des objectifs du gouvernement dans mes attributions spécifiques, mais aussi d’exercer une influence positive sur la gouvernance de façon générale, en accord avec le pacte de rupture et de bonne gouvernance que nous avions signé et qui déterminait notre engagement pour le nouveau mandat. Je ne voulais plus être un ministre périphérique, mais un membre clé du gouvernement, consulté et participant activement aux prises de décisions majeures. Souvent, le Premier ministre interrompait les débats sur des sujets qu’il jugeait sensibles en plein conseil interministériel, pour les reporter à un cercle restreint dans son bureau avec des ministres d’État et d’autres personnalités de son choix. Je ne désirais plus être un simple figurant. D’autant plus qu’à la suite de la victoire à l’élection présidentielle de 2020, qui nous a permis d’avoir un nouveau mandat, je peux affirmer sans fausse modestie que personne n’a contribué à cette réussite mieux que le NFD.
L’analyse de la situation m’a fait comprendre que le Président Alpha Condé n’était pas dans une situation de grande lucidité et il ne semblait pas s’inscrire dans le respect du pacte de rupture et de bonne gouvernance pour lequel le NFD s’était engagé
Le NFD a pris plus de risques que quiconque, subi plus de préjudices que tous nos collaborateurs, dans tous les domaines. Ma reconduction à mon ancien poste, non seulement m’empêchait de m’impliquer de manière significative, d’influencer positivement la gouvernance générale, mais aussi était un manque de respect que je ne pouvais tolérer.
Dès le lendemain de ma reconduction, j’ai déposé ma lettre de démission
L’analyse de la situation m’a fait comprendre que le Président Alpha Condé n’était pas dans une situation de grande lucidité et il ne semblait pas s’inscrire dans le respect du pacte de rupture et de bonne gouvernance pour lequel le NFD s’était engagé. J’ai réalisé que je navais aucune possibilité de servir mon pays de la manière dont je l’avais initialement envisagé en intégrant le gouvernement. Face à cette réalité, il s’imposait à moi de faire un choix: rester au sein du gouvernement, malgré une conviction ébranlée, et jouir des privilèges associés à ma position tout en poursuivant mes intérêts personnels; ou écouter ma conscience en démissionnant.
La décision a été prise très rapidement. Dès le lendemain de ma reconduction, j’ai déposé ma lettre de démission.
Afin de prévenir toute tentative de dissuasion ou d’entrave à ma décision, je n’ai confié mon intention à personne cette fois-ci. Dans le passé, j’ai souvent envisagé de démissionner du gouvernement, mais à chaque fois, mes proches m’en avaient dissuadé. J’ai donc remis ma lettre de démission directement à Mohamed Lamine Condé, mieux connu sous le nom de Comlam, à la présidence de la République.
De retour à mon bureau pour rassembler mes affaires, j’ai reçu un appel du Président Alpha Condé me disant qu’on lui avait rapporté que je souhaitais le voir. J’ai répondu fermement: «Non, monsieur le Président, je ne cherche pas à vous voir. J’ai déposé ma lettre de démission auprès de Comlam ! » Il a raccroché.
Peu après, Mamady Sinkou Kaba, Directeur du protocole de la présidence, m’a appelé et insisté pour que je revienne sur ma décision et retire ma lettre de démission. Malgré sa bonne foi et l’usage de tous les arguments possibles, je lui ai gentiment, mais fermement signifié que ma décision était irrévocable.
Le ministre d’État, secrétaire général de la Présidence Kiridi Bangoura, m’a rendu visite à mon bureau. Il m’a vivement conseillé de ne pas partir, de retirer ma lettre de démission, affirmant qu’une solution pourrait être trouvée
Par la suite, le ministre d’État, secrétaire général de la Présidence Kiridi Bangoura, m’a rendu visite à mon bureau. Il m’a vivement conseillé de ne pas partir, de retirer ma lettre de démission, affirmant qu’une solution pourrait être trouvée. Il a communiqué avec le Président et m’a demandé avec insistance d’aller avec lui rencontrer le Président. Cependant, la nuit m’avait permis de réfléchir en profondeur et de prendre une décision définitive et irréversible: je n’étais plus intéressé par le gouvernement. C’est pour cette raison que j’ai déposé directement ma lettre de démission à la Présidence, sans passer par le Premier ministre, chef du gouvernement, car j’étais convaincu qu’il tenterait de me dissuader. De même, je n’ai informé aucun de mes proches, pour éviter toute fuite d’information et tout risque d’être dissuadé.
Kiridi Bangoura, dans son rôle de médiateur, souhaitait éviter que ma démission ne devienne effective et n’entraîne une rupture. L’échange entre le Président et moi fut légèrement tendu. J’expliquais mes raisons, il en prit acte et nous nous sommes séparés sur ces mots.
C’est donc en toute conscience que j’ai refermé le chapitre du gouvernement, tout en veillant à ne pas causer d’incident ou créer de problèmes avec le Président, pour plusieurs raisons, notamment : il s’agissait d’une démission du gouvernement, pas d’une rupture politique entre nos partis, le RPG Arc-en-ciel et le NFD; le Président se trouvait dans une situation d’extrême vulnérabilité à la manipulation, de sorte que la moindre communication pouvait être interprétée, déformée, altérée et utilisée contre moi par mes adversaires au sein du pouvoir pour le manipuler contre moi et mes proches. Nous nous trouvions dans une position délicate, car nous étions menacés de mort par nos adversaires politiques. Ainsi, pour garantir notre sécurité, je ne voulais pas courir le risque de le mettre aussi contre nous, notre sécurité dépendant largement du pouvoir en place.

J’ai souhaité partir sans faire de bruit et sans créer de rupture. J’ai donc dû opérer un savant équilibre pour sortir en douceur, mais de façon irrévocable, tout en évitant d’attirer l’adversité d’un Président devenu à la fois très manipulable et extrêmement sûr de lui.

J’ai évité toute communication publique dans les médias et sur les réseaux sociaux pour ne pas susciter l’ire du pouvoir et risquer qu’il nous retire les agents des forces de défense et de sécurité qui assuraient ma protection, celle de ma famille et de mes proches face aux agressions et menaces de toutes sortes de la part de nos adversaires. De plus, je ne voulais pas mettre en difficulté les cadres et militants du NFD qui travaillaient au sein de l’administration publique. A cela s’ajoutait la pression de nos bailleurs pour la réparation des sièges de notre parti endommagés lors de la présidentielle par nos adversaires, réparation qu’Alpha Condé avait promis de faire réaliser.
Pour tout cela, j’ai souhaité partir sans faire de bruit et sans créer de rupture. J’ai donc dû opérer un savant équilibre pour sortir en douceur, mais de façon irrévocable, tout en évitant d’attirer l’adversité d’un Président devenu à la fois très manipulable et extrêmement sûr de lui. Notre rencontre m’a conforté dans cette certitude et m’a permis d’entrevoir les incertitudes vers lesquelles le régime fonçait tout droit, tête baissée.
En attendant impatiemment mon remplacement et la cérémonie de passation de service, j’ai pris rendez-vous avec mon directeur de thèse, le professeur Alioune Badara Diop à Dakar, pour des séances de travail en vue de finaliser ma thèse de doctorat en science politique que je préparais depuis cinq ans. Cette période d’attente m’a permis de me consacrer pleinement à mes recherches et à la finalisation de la rédaction de ma thèse.
Finalement, suite à ma démission, un remplacement a été effectué et, le 2 février, j’ai procédé à la passation de service. Immédiatement après, je me suis rendu à Dakar pour finaliser mes travaux de doctorat à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD).
Après ma démission et même après mon départ pour le Sénégal, certaines personnalités m’ont contacté pour m’informer de leur volonté d’initier une rencontre avec le Président Alpha Condé, dans le but de favoriser mon retour immédiat aux affaires. Selon eux, ma collaboration avec le Président doit se poursuivre, compte tenu de mon dévouement inébranlable envers le régime et le pays. Ils ont rappellé les risques encourus par mon parti, les dommages que nous avons subis à cause d’Alpha Condé, ainsi que l’inimitié que cela a provoquée au sein de nombreux Peuls favorables à l’UFDG. Ils considéraient ma situation comme injuste, nécessitant une correction immédiate. Ils estimaient qu’ils ne pouvaient pas rester sans agir pour réparer ce qu’ils considéraient comme une faute à mon égard et à celui du NFD.
Tout en les remerciant de leur gentillesse, je leur ai demandé avec courtoisie, mais fermeté, de ne rien entreprendre et que, dorénavant, je n’étais plus intéressé par aucun poste de responsabilité, même celui de Premier ministre. J’avais déjà programmé d’aller à Dakar, puis aux États-Unis dans le cadre de ma formation. Devant le risque de se retrouver en difficulté face au Président à cause de mon refus, ils ont été contraints de renoncer, bien que ce fût à contre-cœur.
Amadou Damaro Camara (ancien président de l’Assemblée nationale), qui a acheté mon billet pour les États-Unis
Toutefois, j’ai continué à maintenir de bonnes relations avec certaines personnalités du régime, comme El Hadj Madifing Diané (ancien ministre) qui est comme un père, le lieutenant colonel Mamadou Alpha Kaloko (ancien chef du bataillon autonome de la sécurité présidentielle), Souleymane Traoré (ancien directeur du FER), le ministre Abdoulaye Magassouba (ancien ministre des Mines), le général Bouréma Condé (ancien ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation), le général Namory Traoré (ancien chef d’état-major général des armées), le D’ Khalil Kaba (ancien ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger), Gabriel Curtis (ancien ministre chargé des investissements et du partenariat public-privé) et Amadou Damaro Camara (ancien président de l’Assemblée nationale), qui a d’ailleurs acheté mon billet pour les États-Unis.
En revanche, je ne comprenais pas l’attitude de certains à l’égard du NFD, c’est le cas du Dr Mohamed Diané. Lorsque le propriétaire de notre siège national, qui avait été saccagé par l’UFDG lors de l’élection présidentielle de 2020, a assigné en justice notre parti, NFD a sollicité le soutien du Dr Mohamed Diané, rappelant l’engagement pris par le président Alpha Condé de réparer les dégâts. Malheureusement, nos sollicitations sont restées vaines.
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Extraits choisis par MediaGuinée 

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